Il n'existe pas de test médical ni de questionnaire qui détermine si on est bi. La bisexualité se reconnaît plutôt à un faisceau d'indices qui touchent trois dimensions distinctes : l'attirance ressentie, le comportement effectif et l'identité qu'on choisit de revendiquer. Ces trois axes ne se recouvrent pas forcément, et c'est précisément ce décalage qui rend la question difficile à trancher d'un coup.
Trois dimensions qui ne coïncident pas toujours
Les chercheurs en psychologie de la sexualité distinguent classiquement :
- L'attirance : ce que l'on ressent, sur le plan affectif ou physique, envers des personnes de plusieurs genres. Elle peut être stable ou fluctuer selon les périodes de la vie.
- Le comportement : les relations ou expériences effectivement vécues. On peut ressentir une attirance sans jamais la mettre en acte, ou inversement avoir eu une expérience ponctuelle qui ne reflète pas une attirance durable.
- L'identité : le mot qu'on choisit pour se décrire, s'il y en a un. Certaines personnes ressentent une attirance pour plusieurs genres sans se dire bisexuelles, par choix, par prudence ou simplement parce qu'aucune étiquette ne leur semble juste.
Une enquête de l'Institut national d'études démographiques (Ined) sur les personnes bisexuelles en France illustre bien cet écart : le nombre de personnes qui déclarent une attirance ou une expérience avec les deux sexes dépasse largement celui des personnes qui s'identifient spontanément comme bisexuelles. Autrement dit, ressentir une attirance pour plusieurs genres et se revendiquer bisexuel sont deux choses liées mais séparées.
Les signes qui poussent à se poser la question
Certains éléments reviennent souvent chez les personnes qui s'interrogent sur leur bisexualité, sans qu'aucun ne soit à lui seul décisif :
- Une attirance qui ne se limite pas à un seul genre, même si elle n'est pas symétrique ni constante dans le temps.
- Des pensées ou des fantasmes qui incluent plusieurs genres, y compris chez des personnes en couple hétérosexuel ou homosexuel stable.
- Une gêne ou un trouble ressenti face à une personne du même genre, différent de la simple admiration esthétique.
- Le sentiment que les catégories "hétéro" ou "gay/lesbienne" ne décrivent pas exactement son vécu.
- Une curiosité récurrente, qui revient après avoir été mise de côté.
Aucun de ces signes, pris isolément, ne suffit à conclure. La bisexualité n'est pas non plus une question de proportion : il n'est pas nécessaire d'être attiré à parts égales par plusieurs genres pour se reconnaître bi. L'attirance peut pencher davantage d'un côté sans que cela invalide l'autre.
Pourquoi il n'existe pas de test définitif
Beaucoup de personnes cherchent un test ou un questionnaire pour obtenir une réponse claire. Ce désir est compréhensible, mais aucun outil de ce type ne peut trancher à la place de la personne concernée, pour plusieurs raisons.
D'abord, l'orientation sexuelle n'est pas toujours figée. La psychologue Lisa Diamond, dans ses travaux sur la fluidité sexuelle, a suivi pendant plusieurs années un groupe de femmes non exclusivement hétérosexuelles et observé que leurs attirances et leur manière de se nommer pouvaient évoluer au fil du temps, sans que cela signifie une orientation "instable" ou moins légitime. Le psychologue Ritch Savin-Williams a documenté un phénomène voisin chez des hommes qui se décrivent comme "plutôt hétéros" tout en reconnaissant une attirance occasionnelle pour d'autres hommes, sans se reconnaître dans le terme bisexuel.
Ensuite, un fantasme ou une expérience isolée ne définit pas à elle seule une orientation : le contexte, la fréquence et le ressenti associé comptent davantage qu'un événement unique.
Enfin, l'auto-identification reste un choix personnel. Deux personnes qui vivent des attirances comparables peuvent adopter des mots différents (bisexuel, pansexuel, queer, ou aucun terme), et les deux choix sont également valables.
Ce que l'on peut faire, concrètement
Plutôt que de chercher une réponse extérieure, il est possible d'avancer à son rythme :
- Observer sans forcer de conclusion. Noter ce que l'on ressent réellement, sans le comparer à une norme ou à un modèle attendu de bisexualité.
- Se laisser du temps. Le questionnement peut durer des mois ou des années avant de se stabiliser, et cela ne retire rien à sa validité.
- Distinguer attirance et obligation d'agir. Reconnaître une attirance ne signifie pas devoir immédiatement changer de vie ou en parler à son entourage.
- Chercher des ressources fiables. Des associations spécialisées ou des professionnels formés aux questions d'orientation sexuelle peuvent aider à mettre des mots sur un vécu, sans imposer d'étiquette.
Le Baromètre de Santé publique France montre par ailleurs que les personnes lesbiennes, gays et bisexuelles présentent un risque accru de mal-être psychologique, lié en grande partie aux discriminations et violences subies plutôt qu'à l'orientation elle-même. S'entourer d'un climat bienveillant, y compris auprès d'un psychologue si le besoin s'en fait sentir, peut faciliter ce cheminement.
En résumé
Savoir si on est bi ne dépend pas d'un score à atteindre ni d'un test à réussir. C'est un croisement entre ce que l'on ressent, ce que l'on vit et le mot que l'on choisit, le cas échéant, pour se décrire. Ce croisement peut rester flou pendant longtemps, évoluer, ou ne jamais se figer complètement : cela ne rend pas le questionnement moins réel ni moins légitime.